Pourquoi la coque se couvre-t-elle d’algues ?
Dès qu’une coque reste immergée, elle devient un support pour les organismes marins : d’abord un film de micro-organismes, puis des algues filamenteuses, des tuniciers et des coquillages fixés. Ce dépôt, appelé encrassement biologique, alourdit la carène, augmente la résistance à l’avancement et oblige à des nettoyages fréquents. Le rythme de colonisation dépend de la température de l’eau, de la salinité, de la lumière et surtout de la durée d’immobilisation : un bateau qui reste plusieurs semaines au même ponton se salit bien plus vite qu’un bateau qui navigue régulièrement.

Comment fonctionne l’antifouling ?
L’antifouling est une peinture appliquée sur la carène pour empêcher les organismes de s’y fixer. Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), 99 % des bateaux sont recouverts de peintures antifouling, qui contiennent des biocides de natures variées. Leur efficacité repose sur la libération progressive de ces substances actives au contact de l’eau, ce qui explique à la fois leur utilité et la préoccupation environnementale qu’elles suscitent.
Les produits diffèrent par leurs biocides, leur mode d’action et leur compatibilité avec les couches déjà présentes. Avant tout achat, consultez la fiche technique du fabricant : elle précise le support admis, le nombre de couches, les temps de séchage et le délai avant mise à l’eau. Une couche appliquée sur un support incompatible peut se décoller, quelle que soit la qualité du produit.
Que dit la réglementation sur les biocides ?
Les antifoulings sont des produits biocides soumis au règlement européen sur la mise à disposition des biocides sur le marché. En France, c’est l’ANSES qui délivre les autorisations de mise sur le marché (AMM), après avoir évalué les risques pour la santé humaine et pour l’environnement. Un produit sans AMM en cours de validité ne doit pas être commercialisé ni appliqué légalement.
Avant l’achat, vérifiez l’étiquette et l’autorisation mentionnée, puis retrouvez la décision dans le registre des AMM de l’ANSES. Ce registre recense les décisions d’autorisation, les retraits et les modifications. Il faut aussi garder à l’esprit que certaines substances anciennes sont encore présentes dans le milieu : l’OFB rappelle que l’irgarol, le diuron et le TBT présentent encore un risque pour la biodiversité.
Où caréner légalement ?
Le carénage libère dans l’eau les écailles, les poussières et les eaux de lavage, qui contiennent des résidus de peinture et de biocides. Il doit donc être encadré. Selon l’article L. 216-6 du Code de l’environnement, le fait de jeter, de déverser ou de laisser s’écouler dans les eaux, directement ou indirectement, des substances dont l’action entraîne des effets nuisibles sur la santé ou des dommages à la flore ou à la faune est puni de deux ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende. Le même article précise que, lorsque le rejet est autorisé par arrêté, l’infraction ne s’applique que si les prescriptions de cet arrêté ne sont pas respectées. Vérifiez toujours la version en vigueur sur Légifrance, car les textes évoluent.
En pratique, le carénage dit sauvage est à proscrire : sur une plage ou en zone d’échouage, sur une cale ou au ponton sans récupération des résidus. Certaines communes l’interdisent par arrêté municipal, et des arrêtés préfectoraux peuvent aussi interdire l’application d’antifouling hors de l’aire aménagée. Pour caréner, sortez le bateau dans un chantier ou sur une aire de carénage conforme, équipée pour récupérer les déchets et les eaux usées. Renseignez-vous auprès de la capitainerie ou de la préfecture, car les prescriptions varient d’un port à l’autre.
Peut-on se passer d’antifouling ?
L’OFB a comparé les solutions alternatives aux peintures classiques : peintures avec ou sans biocide, adhésifs, ultrasons, brosse, nettoyeur haute pression et bâches. Hors procédés mécaniques appliqués à une coque nue, aucun dispositif n’est jugé sans effet sur la faune et la flore. Le choix ne se réduit donc pas à « avec ou sans biocide » : il dépend de l’efficacité selon le type de navire et le programme de navigation, de la toxicité du produit et de son coût.
La conclusion pratique est prudente. Une peinture présentée comme sans biocide n’est pas synonyme d’absence d’effet sur le milieu, et un dispositif plus inoffensif peut être peu efficace sur un bateau qui reste longtemps à quai. Dans la plupart des cas, la question à poser n’est pas « faut-il un antifouling ? », mais « quel traitement, appliqué dans quelles conditions, est adapté à mon bateau et à ma navigation ? »

Comment nettoyer la coque sans polluer ?
Un lavage simple à l’éponge, sans décapage ni projection de peinture, se pratique généralement au port ; vérifiez toutefois le règlement de votre port, qui peut le limiter. Un nettoyage plus poussé, à la brosse ou au nettoyeur haute pression, doit se faire à sec, sur une aire de carénage ou au chantier, avec récupération des résidus. Ne travaillez jamais à l’eau sur une coque antifoulée sans dispositif de collecte.
La sécurité compte autant que l’environnement. Portez des gants, des lunettes et un masque filtrant adapté aux poussières, et évitez de respirer les particules issues d’un ponçage ou d’un décapage. Le nettoyeur haute pression projette à forte pression : réglez-le sur une pression adaptée à la surface, tenez la lance à distance, et ne dirigez jamais le jet vers quelqu’un. Une pression trop forte peut aussi endommager le support et les couches de peinture. En cas de projection dans les yeux ou de malaise, rincez abondamment et consultez un médecin. Après l’intervention, ne remettez pas le bateau à l’eau tant que la peinture n’est pas sèche selon la fiche du fabricant.
Quand traiter la coque selon sa navigation ?
Il n’existe pas de calendrier universel. Le moment du traitement dépend de la saison, de la durée d’immersion et du programme de navigation : un bateau qui navigue souvent n’a pas les mêmes besoins qu’un bateau qui reste à quai pendant de longues périodes. La mise à terre hivernale reste généralement l’occasion la plus pratique pour inspecter la carène, nettoyer les surfaces et appliquer un traitement, à condition de respecter les conditions de séchage indiquées par le fabricant.
Avant chaque décision, observez l’état de la coque à la sortie de l’eau. Un encrassement rapide peut signaler une immobilisation trop longue ou une peinture mal adaptée à votre navigation. Dans le doute, demandez conseil à un chantier ou à un professionnel de l’entretien, en complément de la documentation du fabricant.
Comment limiter l’impact sur le milieu marin ?
Les gestes les plus efficaces sont ceux qui évitent les rejets. Travaillez à terre, dans un lieu équipé, plutôt qu’à l’eau. Recueillez les écailles, les poussières et les eaux de lavage. Ne jetez jamais vos pots de peinture ou d’antifouling à la poubelle ordinaire ni à la mer : rapportez-les au point de collecte des déchets dangereux, souvent présent dans les aires de carénage. Limitez les nettoyages fréquents sous l’eau, qui disséminent les résidus, et choisissez un traitement en fonction de votre navigation réelle plutôt que par habitude.
Questions fréquentes
Que faire des restes de peinture ou des pots usagés ?
Ne les jetez ni à la mer ni dans la poubelle ordinaire. Les aires de carénage équipées disposent souvent d’un point de tri pour les pots de peinture et d’antifouling. À défaut, renseignez-vous auprès de votre port ou de la déchetterie la plus proche.
Faut-il une protection particulière pour nettoyer la coque ?
Oui. Gants, lunettes et masque filtrant adapté aux poussières sont recommandés, et la fiche du fabricant précise les équipements à prévoir pour le produit utilisé.
À quel rythme faut-il nettoyer la coque ?
Il n’existe pas de fréquence universelle. Elle dépend du port, de la saison et de la navigation. Observez l’encrassement à la sortie de l’eau et suivez les recommandations du fabricant de votre peinture.