Quand faut-il vraiment abandonner son navire ?
L’abandon du navire est un dernier recours. Tant que le bateau flotte et que son équipage peut le manœuvrer, le navire reste en général le lieu le plus sûr à bord. Un radeau de survie ou une annexe, même bien préparés, restent exposés au vent, aux embruns, au froid et à la dérive. Avant toute décision, il faut donc chercher à maîtriser le danger : pompes en fonctionnement, obturation d’une voie d’eau, extinction d’un début d’incendie, appel à l’aide.
L’ordre d’abandon ne se donne qu’au moment où le navire ne peut plus être sauvé, par exemple lorsqu’une voie d’eau progresse plus vite que les moyens d’épuisement, lorsqu’un incendie ne peut plus être maîtrisé ou lorsque le bateau est quasi immergé. Le chef de bord doit annoncer cet ordre clairement, et chacun doit savoir à l’avance qui fait quoi.

Comment alerter les secours avant de quitter le bord ?
L’alerte se donne le plus tôt possible, sans attendre la décision finale. En mer, le moyen à privilégier est la radio VHF sur le canal 16, qui met directement en relation avec le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS). Ce mode de contact permet une localisation rapide. Depuis le littoral, on appelle le 196 ou le 112 par téléphone fixe ou portable.
Le message de détresse est réservé à un danger grave et imminent qui menace le navire et tous ses occupants. Il comporte, dans l’ordre : le nom du navire répété trois fois, sa position, la cause de l’appel, puis les secours demandés et les intentions des personnes à bord. Le message doit être répété jusqu’à obtenir un accusé de réception. Il est utile de préparer ces informations à voix haute : type et couleur du bateau, nombre de personnes, équipements de sauvetage embarqués.
Si la VHF est hors d’usage, il faut utiliser le moyen de communication le plus fiable disponible et le signaler dès que possible aux secours. L’alerte reste prioritaire sur toute autre tâche tant qu’elle n’a pas été reçue.
Comment se préparer à l’ordre d’abandon ?
Dès l’ordre donné, chacun enfile un gilet de sauvetage ou une veste de quart flottante. Le gilet doit être adapté à la morphologie de la personne qui le porte, faute de quoi il peut ne pas tenir son rôle. En zone froide, les personnes portent une combinaison isolée et étanche, ou au minimum une tenue chaude et couvrante. Le froid de l’eau est la première cause de perte de moyens en quelques minutes.
Il faut ensuite rassembler les documents utiles (papiers du bateau et d’identité, téléphone dans un sac étanche), de l’eau et de quoi se réchauffer, sans s’attarder sur des objets secondaires. Le temps est compté : on ne retourne jamais à bord pour récupérer un objet non essentiel. Les enfants et les personnes fragiles doivent être encadrés par un adulte désigné.
Comment mettre le radeau de survie à l’eau ?
Avant le départ, le radeau doit être amarré à un point fixe solide, comme un taquet ou une bitte, et non à un élément qui pourrait céder, tel qu’un balcon ou une filière. Le bout d’amarrage doit être long et libre, pour que le radeau reste proche du bord. La notice du fabricant précise la procédure exacte de mise à l’eau, qui varie selon le modèle.
Lorsque le radeau est jeté à l’eau et que le bout arrive à sa fin, la traction déclenche la cartouche de gonflage. Il faut alors monter à bord avec prudence, un par un, en évitant de déchirer le boudin avec les objets tranchants. Les personnes à la mer doivent être récupérées en priorité et installées à l’abri de l’eau.

Quel matériel emporter dans le radeau ?
Le matériel de survie se transfère dans des sacs étanches munis de mousquetons, pour être accroché au radeau et ne pas être perdu. Il comprend en général le sac de survie réglementaire, l’eau et les vivres, les moyens de signalisation électronique (balise, VHF portable) et les papiers du bateau. Il faut éviter de surcharger le radeau et répartir les charges de façon équilibrée.
La composition exacte dépend de la zone de navigation. Le ministère chargé de la mer distingue quatre zones selon la distance à un abri : la dotation de base jusqu’à 2 milles, la dotation côtière jusqu’à 6 milles, la dotation semi-hauturière de 6 à 60 milles et la dotation hauturière au-delà de 60 milles. Un abri désigne un endroit où l’équipage peut se mettre en sécurité en mouillant, en s’échouant ou en s’amarrant, et en repartir sans assistance. Les obligations précises sont dans la division 240 du règlement de sécurité, à consulter sur Légifrance. La périodicité de révision du radeau et le contrôle de son gonflage sont à vérifier dans la notice du fabricant et auprès d’un centre de révision agréé.
Quand déclencher la balise de détresse ?
La balise de détresse 406 MHz transmet la position du navire par satellite. Au-delà de 60 milles d’un abri, la division 240 impose à bord une balise de type EPIRB (balise de détresse à localisation par satellite), selon les textes en vigueur à vérifier. Certaines balises s’activent automatiquement au contact de l’eau, d’autres doivent être déclenchées à la main : c’est la notice du modèle qui fait foi.
Une fois tout l’équipage dans le radeau, on déclenche la balise si elle n’est pas automatique, puis on l’amarre au radeau ou à un point fixe pour qu’elle reste à proximité. Une balise doit être enregistrée. Si elle transmet un numéro d’identification de navire (MMSI), l’enregistrement se fait auprès de l’ANFR, sur son espace en ligne dédié aux navires. Si elle n’en transmet pas, elle s’enregistre auprès du registre français des balises de détresse 406 MHz du CNES. Il faut conserver le justificatif à bord et mettre à jour les données en cas de changement de propriétaire ou de navire.
Comment s’entraîner à l’abandon du navire ?
Une procédure qui n’a jamais été répétée se déroule rarement comme prévu. Il est donc utile de faire régulièrement un exercice complet : préparation des gilets, mise à l’eau du radeau, transfert du matériel, déclenchement de la balise. Le contenu de la dotation doit être vérifié au moins une fois par an, car le registre de vérification du matériel doit être rempli et visé chaque année. Les équipements présents à bord doivent être contrôlés régulièrement, qu’ils soient obligatoires ou non.
Chaque membre d’équipage doit savoir manier la VHF et la balise à terre, et connaître le numéro 196. Il est conseillé de l’enregistrer dans son téléphone avant le départ, et de noter les coordonnées du CROSS de la zone de navigation. Après un abandon, il faut rester groupé, maintenir les personnes en vue et attendre les secours sans chercher à rejoindre la côte à la nage, sauf instruction explicite des secours.
Questions fréquentes
Que faire si une personne tombe à l’eau pendant l’abandon ?
Il faut signaler immédiatement la personne à l’eau, garder sa position en vue et lancer la bouée de sauvetage si elle est disponible. Les secours doivent être informés de la position et de l’incident dès que possible.
Un bateau sans balise peut-il être recherché par les secours ?
Oui. Les secours peuvent intervenir à partir de la position et des informations transmises lors de l’alerte. La balise accélère cependant fortement la localisation, c’est pourquoi elle reste essentielle au-delà de la zone côtière.
Que faire une fois sauvé après un abandon de navire ?
Il faut signaler l’événement aux autorités, faire examiner les personnes qui ont séjourné dans l’eau ou dans le froid, et conserver les papiers du bateau pour les démarches d’assurance ou de déclaration d’accident.