Privilégié ou prioritaire : que dit le RIPAM ?

Sur l’eau, on parle volontiers de « priorité », mais le texte de référence, le Règlement international pour prévenir les abordages en mer (RIPAM), ne raisonne pas ainsi. Il distingue le navire privilégié, qui maintient sa route et sa vitesse, du navire tenu de s’écarter, qui doit agir. Une priorité n’est donc pas un droit absolu : elle répartit une obligation de manœuvre.

Le navire tenu de s’écarter doit le faire tôt, franchement et largement (règle 16). Le navire privilégié n’est pas pour autant dispensé de vigilance : s’il lui apparaît évident que l’autre ne s’écarte pas correctement, il peut manœuvrer, et si l’abordage ne peut plus être évité par la seule manœuvre de l’autre, il doit agir au mieux pour l’éviter (règle 17).

Pour votre bateau, la présence du texte à bord relève de la réglementation de sécurité. L’arrêté du 3 avril 2025, qui modifie l’arrêté du 23 novembre 1987 relatif à la sécurité des navires, prévoit que le RIPAM, ou un résumé textuel et graphique, doit se trouver à bord pour les navires qu’il vise. Vérifiez sur Légifrance la division qui s’applique à votre embarcation : la division 240 de cet arrêté traite spécifiquement de la plaisance.

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Privilégié ou prioritaire : que dit le RIPAM ?

Comment se répartissent les priorités entre voiliers ?

Lorsque deux voiliers se rapprochent, c’est la provenance du vent qui décide. Si les deux reçoivent le vent de bords différents, celui qui reçoit le vent de bâbord s’écarte : le voilier qui navigue tribord amure est donc privilégié. Si les deux reçoivent le vent du même bord, c’est le voilier au vent qui s’écarte de celui qui est sous le vent (règle 12).

Le cas du doute est traité par le même principe. Si vous ne savez pas de quel bord l’autre voilier reçoit le vent, c’est celui qui reçoit le vent de bâbord qui doit s’écarter. Cette règle sert de repère sûr : ne supposez pas que l’autre a identifié la situation, et anticipez votre propre manœuvre.

Comment réagir face à un bateau à moteur ?

Entre deux navires à moteur qui font route directement opposée, chacun vient sur tribord pour passer bâbord contre bâbord (règle 14). En cas de doute, la situation doit être considérée comme effective, et l’on manœuvre en conséquence.

Dans un croisement, le navire qui voit l’autre sur tribord doit s’écarter et, si possible, éviter de passer devant lui (règle 15). Pour le navire privilégié, le piège classique est de virer vers bâbord alors que l’autre se trouve aussi sur bâbord : le RIPAM demande, lorsque c’est possible, d’éviter cette manœuvre (règle 17).

La même logique s’applique aux plaisanciers qui ne sont pas certains de la situation. Un petit changement de cap, décidé tôt, est plus lisible pour l’autre qu’une manœuvre brusque près du dernier moment.

Pourquoi le navire qui rattrape doit-il s’écarter ?

Le dépassement est la règle la plus simple à retenir, car elle ne dépend ni du type de propulsion ni de la voilure. Le navire qui en rattrape un autre doit s’écarter de sa route, qu’il soit à voile ou à moteur (règle 13).

Est considéré comme rattrapant le navire qui arrive de plus de 22,5° sur l’arrière du travers de l’autre. De nuit, il ne voit alors que le feu arrière du navire dépassé. Il reste tenu de s’écarter tant qu’il n’est pas tout à fait dépassé, et en cas de doute il se considère comme rattrapant. Cette règle prime sur la hiérarchie habituelle : même un voilier qui rattrape un bateau à moteur doit s’écarter.

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La conséquence pratique est simple : si vous voyez un bateau arriver par l’arrière, c’est à vous de manœuvrer, même si vous avez la route. Ne comptez pas sur l’autre pour se décaler.

Pourquoi le navire qui rattrape doit-il s'écarter ?

Voilier ou moteur : qui est privilégié ?

En règle générale, un navire à moteur doit s’écarter d’un voilier (règle 18). Cette règle tombe dans les cas où le voilier est lui-même celui qui rattrape, et elle ne dispense pas le voilier de la vigilance sur les autres situations.

Ce principe ne doit pas être appliqué mécaniquement. Le voilier privilégié qui est sous le vent d’un autre voilier, ou qui se trouve face à un bateau à moteur en croisement, doit continuer à se poser la question de la route de l’autre : la priorité n’évite pas un abordage si personne ne réagit.

Quand le navire privilégié peut-il manœuvrer ?

Le navire privilégié doit en principe maintenir son cap et sa vitesse, ce qui rend sa situation prévisible pour l’autre. Il peut néanmoins manœuvrer dès qu’il apparaît évident que l’autre ne s’écarte pas correctement (règle 17). Dans ce cas, il doit le faire franchement, en veillant à ne pas créer une nouvelle situation dangereuse.

La manœuvre n’est pas une dérogation à la priorité : elle reste une réaction à l’inaction de l’autre. Si l’abordage devient inévitable, il faut agir au mieux pour l’éviter, quelle que soit la règle théorique.

Que faire en cas de visibilité réduite ?

Par brouillard, nuit ou pluie forte, les règles de barre restent valables, mais la difficulté est de savoir qui est où. Le RIPAM impose alors de naviguer à une vitesse de sécurité, adaptée à la visibilité, et de rester attentif aux signaux sonores et à l’écoute permanente. La règle de veille, qui oblige à regarder et écouter en permanence, prend toute son importance.

En pratique, réduisez votre vitesse dès que la visibilité baisse, ne vous fiez pas à la seule priorité pour décider, et ne supposez jamais qu’un navire que vous ne voyez pas vous a vu. Si la situation devient incertaine, mieux vaut ralentir ou s’arrêter que de multiplier les manœuvres à l’aveugle.

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Les règles de priorité ne remplacent pas le bon sens : elles fixent un cadre commun, et c’est la combinaison de ce cadre, d’une veille attentive et d’une manœuvre précoce qui évite l’accident.

Questions fréquentes

Un navire qui ne peut pas manœuvrer librement a-t-il la priorité ?

En principe oui : les autres navires doivent s’en écarter. Les cas précis dépendent du texte du RIPAM, à consulter sur Légifrance.

Les règles de priorité changent-elles dans un chenal ou un port ?

Les règles de navigation locales, notamment les arrêtés préfectoraux, peuvent préciser le sens de circulation et la conduite dans les chenaux. Elles s’ajoutent au RIPAM sans le remplacer.

Puis-je réclamer la priorité par un signal sonore ?

Un signal sonore sert à informer l’autre de vos intentions, pas à imposer une priorité. Le texte du RIPAM fixe la signification exacte des signaux, à consulter avant de naviguer.

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